l’ère de la vache maigre
french
Dans l’année qui suivit la grande sécheresse de l’archiduchesse, on vit survenir l’ère de la vache maigre. Une ère connue. Pour ceux qui se tiennent éloignés des soucis horoscopiques, il faut préciser que ça dit ce que ça veut dire. Rien à chercher. Ni de midi ni de quatorze heures. Plutôt à l’inverse d’aujourd’hui. Parce qu’il faut bien le dire. Le zodiaque traverse présentement un creux de vague qui lui nuit du matin au soir. Une période de déclin. Je parle pour ma grand-mère. Et je consens. Pour avoir versé amplement dans les sciences astriques, j’ai dû finir par me résoudre. D’abord parce qu’on nous réduit les signes à des publicités dans les journaux. Avec l’impression imprimée que les rabais des encadrés s’adressent à nous. Ensuite parce que ça nous coûte des trois dollars et quarante-neuf pour se faire tirer un futur incertain d’une minute dans des cartes qu’on ne nous permet même pas de brasser. À donner le goût de changer de signe pour éviter de se faire prendre. Et puis voilà. Le blâme nous revient à tous. En tant que lecteurs intermittents de nos destinées semblables. Ces providences que l’on rabroue pour si peu que ça ne nous plaît pas. À lire nos lignes quotidiennes et à oser s’opposer. Parce que tout est dans l’attitude. Que chacun est le mieux placé pour se noyer lui-même. Présentement en pleine ère du verseau. Et on ne cherche même pas la définition du mot. Et on se le répète avec le sourire. Le verseau. Comme si ça nous obligeait à être optimistes.
À l’époque, la bonne aventure ne se remettait pas en question. On prenait l’intégral et on suivait le lu. Parce que les gens avaient conscience de n’être pas seuls parmi les scorpions. Parce que le jour où on commencerait à brouiller le destin, on mélangerait la constellation entière. En effet domino, tous les scorpions du monde se verraient déjoués. Et les taureaux à cheval sur les vierges. Et les lions en liberté.
On a l’air de s’égarer, mais il n’en demeure pas moins que suivant la sécheresse, on vit poindre l’ère de la vache maigre. Et ça disait tout. En gros, qu’on récolte ce que l’on sème.