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Stories / Poems

Stories by fred pellerin

la mouche

french

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Une mouche. Ésimésac se crut arrivé au sommet de la force et de la puissance. Il s’envola au-dessus des bois, à une vitesse prodigieuse. Et le vacarme grand V. Étourdissant. Il découvrait des angles des airs. Des jamais vus. Dans des brises qui font valser. Et les tympans qui poppent. Il volait, comme un Icare insectueux. Avec le ciel à portée de tout sur des chemins aériens qui s’inventent à volonté.
Étant arrivé près du lac Paterson, il descendit en piqué. Il visa la décharge. Celle qui lance le ruisseau. Pour refaire le plein d’eau. En rase vague, il s’abreuva de gouttes. Il ne vit pas, sous la surface, ce fretin subtil. Une truite. Vingt-quatre pouces. Toujours en sachant bien qu’à Saint-Élie-de-Caxton, on mesure les prises dans la distance qui sépare leurs deux yeux. On comprendra qu’un poisson de vingt-quatre pouces pêché chez nous, ça s’extrapole de soi. Avec le taux de change, on n’a pas besoin d’avoir bien long pour dépasser les prises d’ailleurs. Il suffit de faire la conversion. Deux pieds entre les yeux, ça double aisément la verge dans le tête-à-queue.
La mouche, elle. En basse altitude. Qui n’appréhendait rien. La truite n’eut qu’à ouvrir le clapet pour engloutir le projectile. Gloup. Qui plongea directement dans le tube de la sous-marine. Avec l’erre d’aller, déjà dans le ventre. Estomaquée. Enveloppée de sucs gastriques. Engluée. Sur le point de rendre l’âme. Digérée avant la mort. Dans un combat qui n’aurait jamais lieu. Alors il réfléchit, puisqu’il en était là. Il considéra ce poisson qui allait le vaincre. Et en déductions. Autant dire que la truite était plus forte que lui. Dans un sens. Si on veut. Et il poussa le raisonnement encore plus loin et pour lui-même, la mouche la plus forte du monde de Saint-Élie-de-Caxton.
— Si je voudrais être plus fort que je le suis, il faudrait que je sois une truite.
(À noter qu’à Saint-Élie-de-Caxton, ce genre d’événements appartient au domaine du réel. Typique, il faut en convenir, mais encore acceptable dans la part normale des choses. Le récit qui nous occupe n’emprunte rien à ce merveilleux qu’on lie habituellement aux contes. La narration s’efforce, sous serment. Et dans plusieurs sens du terme. Les archives à la lettre. Pour que tout demeure encore à l’échelle du fait vécu. Parce que c’est ce qui nous intéresse. Le journalisme. De toute façon, au-delà de la vérité, chacun peut bien s’arranger par lui-même.)
— Si je voudrais être plus fort que je le suis, il faudrait que je sois une truite.
Et pouf. Instantanément. La mouche forte fut transmorphosée en truite.
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