Korimba

Stories / Poems

Stories by fred pellerin

l’accident

french

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On revenait devant la maison. Moi et ma grand-mère. Son niveau frôlait la justesse d’un six virgule trois. Les deux petites marches et la longue galerie. Je calculais qu’elle se jouirait d’un six pétant en franchissant le pas de la porte.
Elle se déposait dans sa chaise berçante, ouvrait sa sacoche et remettait en place son gréement de navigation. Pepsi diet, kleenex, dentier. Sur le tribord de la fenêtre. Et le livre. Qu’elle gardait entre ses mains.
Elle me disait que cette nuit-là, on avait vu la lumière du train dessiner des reliefs dans le corps des épinettes. Dans la courbe devant eux. Et le train, le cyclope scintillant, s’était lancé dans le dernier droit. À ce moment où plus aucune intersection ne pouvait laisser espérer la bifurcation soudaine. La seule option souhaitée était celle de l’accélération. Pour que la souffrance dure moins longtemps.
Le train sifflait toujours. Et tintait. Avec sa cloche unique, comme un grelot avare dans un Noël tragique. Le sol tremblait sous la puissance du monstre à vapeur.
Ça s’approchait. Comme l’éclair et le tonnerre sur roues. Et au moment précis où la locomotive posa son phare sur les gens du village, l’effet contrasta. Les ombres de tous ceux qui gisaient se levèrent. À mesure que la lumière augmentait. Toutes ces ombres gonflèrent, comme fusionnées dans une seule et même. Une ombre immense et bombée. À faire croire au chauffeur en un mur géant. Ou en un tunnel sans fond. Et à l’hésiter, devant tant de noirceur. Devant l’urgence, le chauffeur perplexe y alla d’instinct. Sur toutes les manettes de freins disponibles. À déclencher des poignées rouges inconnues comme seules sorties de secours à ce carambolage imminent. Tirant les commandes et les freineries. Et le train s’arrêta. Trop vite. La locomotive immobilisée sur un dix cennes. Les wagons, pris par surprise, ne trouvèrent d’autre réflexe que de se dérailler. Dans une compensation gravitationnelle. Plutôt que de se lancer dans tous les sens, ils se tortillèrent avec discipline, s’emboutirent sur gauche et sur droite, l’un derrière l’autre, pour former un immense ramassis de wagons en accordéon. Un bouquet de fer suspendu dans un équilibre précaire sur les deux roues du devant de la locomotive.
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