Korimba

Stories / Poems

Stories by fred pellerin

la battue

french

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De longues minutes s’étaient écroulées. Pas très nombreuses, mais dans les plus étirées. Le deuxième à allumer, ce fut le forgeron. Pour s’adresser à la foule. Pour réagir trop tard. À crier par-dessus le curé que la situation s’aggravait. Que Ésimésac était parti seul combattre une fournaise géante. Qu’il n’y arriverait pas. Et qu’il fallait aller le chercher avant que ça ne finisse en méchoui. Le forgeron Riopel invoqua la battue générale. Pour éviter un mort unique. Plutôt y passer tous ensemble. Et la cohésion multiple de se lever d’un bond. À se dégréer du surplus et à sortir en manches courtes ou retroussées. Dans l’allée centrale de l’église. Sur les paroles en fond du curé sans écho. Les portes doubles s’ouvrirent devant l’urgence et grincèrent de gonds au vent du dehors. Tout le monde était sorti. Par chance que le bedeau n’était pas loin. Pour refermer au plus vite et calfeutrer de nouveau. À l’extérieur, chacun prit sa direction pour aller fouiller à la recherche du manquant.
Le curé neuf était maintenant seul à l’onction. Il hésitait dans sa prière. Vacillait. Chuchotait. Son orémus en solo. À se rémousser lui-même. À s’autorémousser. Jusqu’à ce qu’il décide de sortir lui aussi. Dans l’allée centrale de l’église. Les portes doubles s’ouvrirent lentement. Le bedeau n’était pas là. Et ça resta ouvert, à grincer de gonds au vent du dehors.
Le curé se posta sur le perron emboucané. Il vit tous ses gens revenir. Goutte à goutte. En sueurs. Pour se rassembler et conclure. Bredouilles de leur chasse à l’homme. Pour se compter et se décompter. Pour s’apercevoir qu’il en manquait toujours un à l’appel. Ésimésac Gélinas. Porté disparu.
L’air était de plus en plus chargé. Tellement de poussières brûlées que ça devenait du solide à respirer. De la poffe de toffes. Les cous se renfrognaient dans les épaules pour que les cols de chemise servent de filtres devant les bouches. À suffoquer. Le désastre avait franchi la limite. La forêt qui brûlait maintenant était la nôtre. On soupçonnait même quelques cabanes de bois déjà concernées. Restait qu’à attendre la fin.
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