la case départ
french
Comme si de rien n’était. Cette longue digression transformatoire s’évaporait dans un claquement de doigts. Sans trop de trace. Pour quelqu’un qui ne savait rien du fin fond de l’histoire, rien n’avait paru. L’action repartait à l’endroit exact où on l’avait bifurquée. À bout de soufflets. Et le poing d’Ésimésac prit la direction du coup. En ligne droite vers l’impact. Et les dommages. Et les grimaces. Le geste collisionnel à mi-chemin. Et tout s’interrompit. Encore. À la surprise régénérée. Ésimésac se dégonflait. Le marteau manuel à un demi-pouce du nez destiné. Il remuait son poing à la hauteur de la pipe du forgeron. Jusqu’à faire tomber la mouche dans le foyer fumant du brûle-gueule. Et ce fut tout. Avec le couronnement d’un petit pétillage crématoire de la bibitte. Il s’abstint de frapper. Et les abstints n’ont pas toujours tort.
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(J’étais déçu. Une histoire qui s’étalait sur des pages et des pages pour n’aboutir à rien. Toutes ces simagrées pour qu’il ne fesse pas. Moi qui avais onze ans. À cet âge où on court après ce qui barde. Ma grand-mère disait qu’il ne frapperait sans doute jamais. Et j’insistais. Une fois seulement pour voir. Et je secouais la sacoche pour que les mots se mélangent et que le livre se transforme. Mais la fin de l’histoire s’étouffait toujours. C’était la sagesse, que prétendait ma grand-mère. Et je ne comprenais pas ce qu’il y avait de sensé à manquer de punch. Aujourd’hui, avec le recul des années, la clarté philosophique nous apparaît mieux. Sur le moment, pour moi, ça demeurait lâche.)
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Ce fut la dernière édition du tournoi international de dames francophones internationales de dames francophones de Saint-Élie-de-Caxton. La finale fut comptabilisée pour fins de statistiques comme un dénouement d’ex-æquo. Égalité. Nul. Et les participants et spectateurs déçus à l’unanimité. Un chiffre de nuit pour conclure sans dénouement. Toutes les mises perdues. Chacun rentra à la maison pour aller dormir avant l’aube. Le forgeron suivit l’exemple. Il s’enfila dans son lit sans attendre. La jaquette fripée, le bonnet sur les yeux. Il soupira d’exténuation en s’imprégnant dans la paillasse. Avant de partir pour le pays des songes, il déposa sa pipe sur sa table de nuit.
(Ma grand-mère, elle était de la race des ceux qui disent qu’il ne faut jamais cogner. Elle allait jusqu’à prétendre qu’il faut éviter tous les coups. Autant pour celui qui frappe que pour celui qui se fait frapper. Dans sa bouche, ça se prononçait comme un proverbe. Que le trou souffre autant que le clou. C’était sa manière de pratiquer. Les arts marteaux.)