Korimba

Stories / Poems

Stories by fred pellerin

le bébé boum

french

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… ils se marièrent, vécurent heureux et eurent de nombreux enfants. Et ça se passait à côté. Dans le village. En ce temps où les rêves de colonisation se transposaient en taux de natalité explosifs. La mitraillette utérine. Les familles débordaient de futur jusqu’à se bâtir le pays. Les bébés apparaissaient entre les jambes de leur mère à la queue leu leu. Pas le temps d’une sieste entre les contractions de l’un que le suivant donnait déjà des coups de pied. Un éternuement subit, et ça vous roulait en-dessous de la table. C’était en ce temps où les curés veillaient aux grains de chapelet. Et ça revolait comme des pop-corn sur le feu.
Cette famille qui nous concerne, elle exemplait par le nombre. Pas loin de cinq cents rejetons. Quatre cent soixante-treize, pour être exact. Des promesses gigoteuses accumulées dont ils prenaient soin comme à autant de prunelles s’ils avaient eu assez de yeux pour fournir. Ils les aimèrent, bercèrent, lavèrent, consolèrent, élevèrent et nourrissèrent. Jusqu’à s’en démancher les passés simples. Une ribambelle d’avenirs. Comme une démographie à domicile.
Des parents à plaindre ? On dit qu’au-delà les trente douzaines, il devient plus difficile de les baptiser que de les accoucher. À cause des prénoms. Usuels usés à la corde. Suspendus au mince fil de l’alphabet. Parce que les initiales ont des limites connues. Les papes qui ont compris ont fini par se donner des chiffres. À quatre cent soixante-treize enfants, les éventualités dénominatives épuisaient. Comme une fin de générique. Et les géniteurs, avec sagesse, décidèrent de s’arrêter la reprocréation. De toute façon, plus de doute possible. À la multitude, ils s’assuraient enfin d’une lignée droite.
— Ça suffit !
Ils slaquèrent la progéniture. Voilà. Ce furent les Gélinas. Un portrait de famille comme on en croit plus de nos jours. Lui, bûcheron. Elle, dans la mère jusqu’au cou.
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