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Stories / Poems

Stories by fred pellerin

les premiers maux

french

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S’il y eut un jour des bébés Louis Cyr et embryons de Montferrand, si l’histoire du Québec est remplie de ces capables Canadiens français et autre hypertrophiés de la musculature, aucun n’eut pu tenir tête à ce Gélinas nouveau. Un bétail inné. Un défi de livraison à n’importe quelle histoire de cigogne encore lucide. Une question de transport. Petit, il était déjà grand. Encore en couche et tellement fort qu’il pétait et que ça ne sentait pas. Ça goûtait.
Frais né, et de puissance surprenante. Les hormones d’homme hors normes. Il mangeait tout ce qui lui passait sous la bouche. Croûte que croûte. Nourrisson de poignées de clous et péteur craint. Un rien de temps qu’il se traça la pièce d’homme dont les mesures dragoniennes dépassèrent celles des plus colossaux. Les proportions étirées au maximum. Et qui herculait devant rien. Qui fit un désastre quand il perdit ses dents de lait. À la dent qui branle, pour faire comme avec les autres, on attachait un fil à la poignée. La porte fermée sec arrachait la gencive sans douleur. Normalement. Parce qu’une fois arrivé son tour, on ne comptait plus le nombre de portes démanchées.
Il vous levait un cheval d’une seule main. Vous tordait le trente sous jusqu’à ce que la face de la reine saigne du nez. Un extrémiste. Mossellement.
Venu au monde si tard, Ésimésac eut seize ans dès son premier anniversaire. À son deuxième, comme cadeau, on l’inscrivit dans la fanfare. Pour remplacer un trompettiste manquant. Il pompa de son mieux mais ne put que pouet. Et fit rire de lui.
— Il faut souffler fort…
Comme un supersonique d’expiration. La démesure poumonique d’un ut de luxe. Il parvint à défriser l’instrument. Et le tuyau de cuivre fendit la colonne musicale. C’est la majorette en jupe qui reçut le corner derrière la tête. Elle brisa de cris stridents la carrière orchestrale du jeune homme.
À son troisième anniversaire, il atteignit la majorité. Parce qu’on prenait en compte les années d’incubation. Un total de dix-huit ans. Et comme la tradition le veut au passage de cet âge mûr, père et fils se donnèrent la main. En voulant dire. En voulant dire quoi ? Aucune idée. Mais on savait que ça voulait dire beaucoup. C’est une coutume. Par la pince, donc. Comme deux hommes. À se serrer et ne rien dire. Les yeux dans les autres. Jusqu’à ce qu’il force véritablement, le fils. Qu’il montre de quels doigts il se chauffe. Qu’il pressure et qu’à bout de bras, il réussisse à soulever son bonhomme de père de terre. Et que le père, par orgueil minimum, s’adonne à haut-hisser aussi. Et qu’il soulève son cadet. Et qu’ainsi de suite, chacun plus forçant, ils se retrouvent tous les deux en l’air par la poigne de l’autre. Suspendus. Pendant qu’au sol, le niveau de la mère n’en revenait pas. Parce qu’il y a bien des limites à l’attraction de la plus pleine des lunes. Ce furent les pompiers et l’échelle qu’on appela pour que tout ce qui monte doive redescendre. La relation père-fils replancha des vaches à l’heure du souper.
Ça le montre. Ça donne un début d’idée de l’outrance. Ésimésac tenait de l’incroyable. Fort. Et le mot est faible. On peut même se permettre de le dire. D’aller se rhabiller ces boulés de Shwarzenegger et autres guenilles de Stallonerie. Ces modernités qui se construisent des gloires en pellicules cinématographiques. Dans des films de poques et d’épais. Et qui n’arrivent même pas à forcer quand ils rient. Ésimésac ne logeait pas sur du trente-cinq millimètres. Le calibre dépassait le support. On parle ici de nerfs de bittes. Du géantisme. Et si l’autopsie de Victor Delamarre, du lac Bouchette, a confirmé qu’il était fort parce qu’il avait deux colonnes vertébrales, Ésimésac habitait peut-être l’exploit du fait qu’il avait deux cœurs. Une ombre au tableau ? Non. Justement.
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